Au Bénin : réfugiés nigérians en quête de sécurité
"J’étais malade et j’étais enceinte. J’ai accouché de cinq de mes enfants à domicile. Je ne suis jamais allé dans un centre de santé. Mais, pour ce nouveau bébé, je sentais que je risquais de perdre ma vie si je ne trouvais pas d’aide. C’est ainsi que d’autres personnes avec lesquelles j’étais en fuite ont fait appel à un aide-soignant du village de Illori, au Nigéria, qui m’a aidé à accoucher. Aussitôt après avoir accouchée, nous avons appris que les hommes armés arrivaient dans ce village. J’ai repris à nouveau la fuite avec mon enfant. J’ai passé trois nuits dans la brousse après l’accouchement sans bain, sans manger et sans eau. Quand j’entendais des bruits, je n’avais plus de force pour courir. Je protégeais mon enfant. Mes pieds étaient enflés. Je ne pouvais ni m’asseoir, ni me tenir debout. J’étais fatiguée”, témoigne Aminai, une jeune femme de 30 ans, mère de six enfants d’origine nigériane, arrivée début mars, de l’autre côté de la frontière au Bénin.
Depuis plusieurs mois, les zones frontalières entre le nord du Bénin et le Nigéria connaissent une dégradation marquée de la situation sécuritaire. Début février, plusieurs villages situés côté nigérian, notamment ceux de Konkosso, Kokani, Zatinna, Kigbèra et Mazé, ont été le théâtre d’attaques violentes menées par des individus armés. Des témoignages concordants recueillis auprès des personnes ayant fui font état de violences extrêmes contre les populations civiles comprenant des assassinats, des incendies d’habitations, des pillages et des enlèvements. Ces violences contre des civiles ont profondément affecté les communautés.
Des hommes armés ont tué mon mari. C’était tôt le matin. Nous avons entendu des tirs puis des cris des premières personnes attaquées. Mon mari a ouvert la porte pour voir ce qui se passait. Aussitôt, après avoir refermé la porte, ils sont arrivés. Ils ont forcé la porte et devant moi, ils l’ont abattu. Personne ne pouvait intervenir, ni lui porter secours.
Au-delà du manque d’abris adéquats, les besoins essentiels restent largement non couverts. L’accès à une alimentation suffisante, aux services d’hygiène et à des vêtements de base demeure limité. Une mobilisation accrue d’autres acteurs est primordiale. MSF appelle à un renforcement de la réponse humanitaire afin de subvenir aux besoins essentiels de ces réfugiés. Une mobilisation plus large demeure indispensable pour garantir des conditions de vie dignes et un accès aux services essentiels pour ces populations en quête de protection surtout pour les femmes et les enfants.
Ils étaient très nombreux, arrivés à moto. Ils tiraient et il y avait aussi des explosions. Plusieurs personnes ont été tuées, égorgées, d’autres abattues. Ils ont incendié nos motos. J’ai vu des gens tomber. Ils ont enlevé des personnes y compris mon petit frère.
Face à cette insécurité persistante, des milliers de personnes ont fui vers le Bénin, cherchant refuge et protection dans la commune frontalière de Ségbana.
À Ségbana, survivre dans des conditions extrêmement précaires
La commune de Ségbana accueille aujourd’hui plus de 3 000 réfugiés. La majorité est arrivée sans ressources et dépend largement de la solidarité des communautés hôtes. Les conditions d’hébergement sont particulièrement précaires avec des situations de promiscuité importantes. « À notre arrivée, nous avons été accueillis dans cette famille béninoise, mais faute d’espace, nous avons dû nous séparer avec ma famille. Ma femme et les enfants dorment dans une autre maison avec d’autres femmes. Moi je dors avec d’autres personnes dans une petite pièce où nous sommes plus de 20», explique Ibrahim, un homme de 45 ans, père de sept enfants.
“Il est crucial que les réfugiés aient accès aux services de base. L'absence de création d’espaces dédiés aux réfugiés leur impose des conditions de vie extrêmement précaires : pas d’abris sûrs, accès limité à l’eau et aux sanitaires, distributions alimentaires insuffisantes et accès difficile aux soins de santé. Il doit y avoir une action immédiate. Les réfugiés ne peuvent pas attendre plus longtemps”, explique le Responsable médical du Projet, Laurent Ndalume.
Les conséquences psychologiques des violences subies sont également très présentes. De nombreuses personnes présentent des signes de détresse psychologique, notamment des troubles du sommeil, de l’anxiété ou un repli sur soi. Chez les enfants, des manifestations de peur persistante et de mutisme sont régulièrement observés. Zainabou, 22 ans, ayant perdu son mari témoigne : “Je pense constamment à mon mari. Mes trois enfants pleurent la nuit.”
Des besoins encore immenses
Face à cette situation, les équipes MSF se sont mobilisées pour apporter une assistance d’urgence aux populations déplacées.
Arrivés à Ségbana le 4 mars 2026, nous avons mis en place une prise en charge gratuite des soins de santé primaires incluant les consultations, la maternité et les références médicales. En parallèle, un accompagnement en santé mentale et en soutien psycho-social est assuré par notre psychologue afin d’aider les réfugiés à faire face aux traumatismes liés aux violences vécues.
Du 4 au 22 mars 2026, nous avons pris en charge gratuitement :
- 2541 consultations dont 589 pour des enfants de moins de 5 ans
- 438 consultations prénatales
- 91 femmes enceintes suivies
- 69 accouchements assistés
- 82 hospitalisations
- 18 références vers des structures spécialisées
- 19 consultations de soutien mental et psychologique
En parallèle, mi-mars, une campagne de vaccination multi-antigène de masse couplée au dépistage de la malnutrition et le déparasitage de l’albendazole a été organisée ciblant principalement les enfants de moins de 5 ans afin de prévenir des maladies à fort risque épidémique comme la rougeole ou la méningite.
5 157 enfants ont eu un dépistage nutritionnel. 522 enfants ont été diagnostiqués avec une malnutrition aiguë modérée et 23 enfants présentaient une malnutrition aiguë sévère. Certains parents ont bénéficié de séances de sensibilisation sur les bonnes pratiques alimentaires et la préparation de bouillies enrichies.
En complément des soins médicaux, MSF a mené plusieurs actions pour améliorer les conditions de vie des familles réfugiées. Au total, 600 kits essentiels ont été distribués contenant notamment du savon, des moustiquaires, des pastilles de purification d’eau et des articles d’hygiène. Pour garantir l’accès à l’eau potable, des réservoirs de 5 000 litres ont été installés au centre de santé et dans la communauté. Les équipes ont également réalisé des vidanges de fosses et construit 17 latrines d’urgence dans les zones accueillant un grand nombre de personnes réfugiées.
L’objectif est de prévenir les maladies liées à l’eau et à l’hygiène qui représentent un risque majeur dans ce type de contexte.