Déplacés et oubliés : les familles dans le nord-ouest de la Syrie face aux conditions hivernales rigoureuses

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En Syrie, malgré la fin de la guerre, la population continue de vivre avec le lourd héritage de quatorze années de conflit brutal. Des années de bombardements aériens et d’hostilités prolongées, y compris dans les zones rurales autour de Homs, Hama, Alep et Idlib, ont détruit des habitations et des infrastructures essentielles, laissant d’innombrables familles sans autre choix que de fuir. Beaucoup ont trouvé refuge dans les montagnes, où les hivers rigoureux ont aggravé leur lutte quotidienne. Ce qui avait commencé comme des camps de déplacement d’urgence s’est transformé en zones d’habitation précaires à long terme.

Si des millions de personnes ont pu rentrer chez elles, de nombreuses familles déplacées restent dans les camps, faute de moyens financiers pour reconstruire leur vie. Leurs maisons dans leurs villes d’origine ont été totalement détruites ; les services de base sont inexistants et les possibilités de subsistance sont rares, laissant les populations dépendantes d’une aide humanitaire qui a régulièrement diminué au cours des dernières années.

Malgré l’ampleur des besoins en Syrie, le pays a connu une baisse des financements humanitaires. MSF appelle les organisations humanitaires à intensifier leur réponse, y compris pour les personnes toujours déplacées et qui luttent pour survivre.

Les mois d’hiver sont particulièrement dangereux et, sans aide durable, les populations continueront à faire face à des conditions potentiellement mortelles.

Um Ayman, 75 ans, pleure la destruction de son exploitation d’oliviers. « Je suis rentrée chez moi après les bombardements et j’ai trouvé ma maison rasée. Je n’ai pas autant pleuré ma maison que mes oliviers. Je cultivais des olives et des oranges sur ma terre, et tout avait disparu. »

Dans les montagnes de Harim et autour de la ville de Salqin, dans la province d’Idlib, plus de 50 camps de déplacés abritent encore des milliers de familles, dont beaucoup vivent dans des abris de fortune faits de matériaux récupérés ou de briques. Lors des tempêtes hivernales, l’eau s’infiltre dans les tentes, la neige s’accumule entre les abris et les familles peinent à se réchauffer. Lorsque les températures chutent, le chauffage devient une nécessité et non un confort. Les toits sont souvent instables et offrent peu de protection contre la neige, la pluie et le froid glacial.

Um Ali, mère de trois enfants, vit dans le camp d’Al Fardan : « Lorsque la neige a commencé à tomber, le toit en plastique s’est effondré. Nous n’avons pas pu enlever la neige parce que nous vivons dans une zone montagneuse. »

Syrie
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Au départ, les organisations humanitaires se sont mobilisées pour fournir une aide d’urgence, mais avec le temps, l’assistance a diminué. Aujourd’hui, de nombreuses familles déplacées doivent essentiellement se débrouiller seules, avec une aide limitée. Les abris de fortune se détériorent au fil des saisons, et les familles doivent rassembler les matériaux qu’elles peuvent trouver pour maintenir leurs habitations debout.

Abu Musa, résident d’un des camps, se souvient : « Cela fait un an et quelques mois que nous n’avons reçu aucune aide des organisations humanitaires ; après la libération, personne n’a apporté de soutien aux personnes vivant ici dans les camps. »

Les besoins humanitaires sont immenses et croissants. Les familles manquent d’accès à une alimentation adéquate, aux soins de santé, aux vêtements d’hiver, aux couvertures et aux médicaments. Certains camps disposent de petites cliniques, mais les fournitures sont limitées et les services sont payants, rendant les soins essentiels inaccessibles pour beaucoup.

Dans le gouvernorat d’Idlib, Médecins Sans Frontières (MSF) soutient les familles déplacées. Entre décembre et février, les équipes de MSF ont distribué du matériel de chauffage (environ 600 tonnes) et des bâches en plastique à 2 000 familles dans 21 camps. En outre, 1 400 matelas, 4 200 couvertures ainsi que des kits d’hygiène et de cuisine ont été distribués à 700 familles dans des camps près de Salqin et dans les montagnes de Harim, et 150 familles ont reçu des tentes à Armanaz, dans la zone rurale d’Idlib. Ces distributions visent à aider les familles à affronter les rigoureux mois d’hiver et à réduire les risques immédiats liés à l’exposition au froid. Toutefois, l’écart entre les besoins et l’assistance reste énorme.

Osama Joukhadar, responsable logistique de MSF, explique : « Les gens vivent ici dans des abris extrêmement fragiles. Ils sont exposés au froid, au vent et à la neige. Chaque hiver, les familles luttent simplement pour survivre. Nous essayons d’apporter un soutien de base, une aide modeste mais essentielle pour aider les familles à traverser les mois froids. »

Dans les gouvernorats de Deraa et de la Ghouta rurale (Rural Damascus), dans le sud de la Syrie, MSF a distribué environ 3 000 chauffages, ainsi que des matelas et des couvertures, entre novembre et février, afin de soutenir les familles déplacées exposées à des conditions météorologiques extrêmes, à des conditions de vie précaires et à une incertitude prolongée. À Qamishli et Derik/Al-Malikiyah, dans le nord-est de la Syrie, MSF a répondu aux besoins de personnes récemment déplacées, contraintes de quitter leurs foyers à Tabqa, Raqqa et Al-Hassakeh sous des pluies incessantes et des températures glaciales.

L’histoire des personnes déplacées en Syrie rappelle que la guerre a peut-être disparu des gros titres, mais ses conséquences humaines restent urgentes et non résolues.